« J'ai basculé vers l'autre coté de la vie »

TEMOIGNAGE DE MME CHOMBART DE LAUWE

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Ayant passé son enfance a l'île de Bréhat en Côtes d'Armor Marie-José avait seize ans lorsque la drôle de Guerre a commencé. A l'époque, en classe de première elle ne passe pas la première partie du baccalauréat en raison du déferlement nazi. Renvoyée chez elle, et consciente de la capitulation française, l'humiliation est grande. Cependant un certain général De Gaulle lance un appel de Résistance, ce qui a pour effet de relancer l'espoir dans la famille.

Finalement, elle passe son baccalauréat, consciente de la présence de l'armée allemande qui occupe le lycée de Lannion pour ensuite commencer ses études de médecine à Rennes.

Ici débutent les premières étapes de sa résistance. En effet elle est engagée dans un réseau de résistants chargés de trouver et d'envoyer aux Anglais des informations côtières afin de favoriser le débarquement. Cependant elle se fait arrêter par la Gestapo le 22 mai 1942. Pour Marie-José cette période marque le basculement « vers l'autre côté de la vie ».

Elle et treize autres résistants du réseau sont emprisonnés à la prison d'Angers. Isolés et brutalisés chacun de leur côté ils vont pendant deux mois et demi mentir pour se couvrir.

Ensuite emmenée à Paris à la prison de la Santé, dans des conditions déplorables, elle et les autres détenus communiquent par les conduits d'égouts qui servaient à la base de toilettes. Parfois elle entendait des conversations qui montraient que les gens voulaient rester des êtres pensants. Elle a crée des liens d'amitié forts notamment avec Françoise Bloch Sarrazin, une chimiste « terroriste »juive et communiste qui fut condamnée a mort. Les messages forts portés par certains lui ont permis de tenir le coup en voici un exemple « Bonjour les camarades, encore une journée que je verrais, quand je tomberais ne pleurez pas, je suis tombé pour que les jeunes vivent dans la paix et la joie ». Les cellules tapissées de grafitis délivrent de nombreux messages dont celui de Marie-José issu de « la mort du loup » de Vigny ''Gémir, pleurer prier est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche, dans la voie où le sort a voulu t'appeler, Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler."

Par la suite elle est emmené au camp de Ravensbrück et est classé comme étant « NN » (Nacht und Nebel, nuit et brouillard) pendant l'été 1943. Situé entre la Baltique et Berlin, ce camp accueillant des femmes  conduiT à ce que Madame Chombart de Lauwe appelle la « déshumanisation ». Elles sont tondues, dépossédées et soumises à une fouille intime. « Nous ne sommes plus qu'un numéro ». L'appel, où deux heures durant, il fallait se tenir immobile, le fait qu'il n'y ait pas de quoi se changer, la promiscuité faisaient partie de la vie insupportable des camps. Par ailleurs la rudesse de l'hiver s'avéra fatale pour certaines. Le soir, c'est serrées dans l'inconfort le plus total que les femmes tentent de dormirà trois par châlit. Après avoir travaillé dans une carrière de sable, Marie-José est « embauchée » par Siemens ce qui permettait aux Nazis d'en tirer profit.

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Même si il est dit que Ravensbrück est un camp de repression Marie-José a relevé trois sortes de crimes contre l'humanité en ce lieu. Tout d'abord les expériences effectuées par le pseudo-hopital sur une soixantaine de jeunes filles, dont les blessures physiques apparentes n'étaient même pas aseptisées. Par ailleurs de nombreuses et sordides opérations ont été infligées à cent vingt Tsiganes, femmes et petites filles et ce dans le but de les stériliser. Le dernier crime contre l'humanité qui a manifestement beaucoup touché notre intervenante est celui dans lequel elle était le plus impliqué. Il concerne les naissances ayant eu lieu dans les camps. Les femmes  étaient avortées d'office si la grossesse n'était pas avancée.Quand la femme était prète d'accoucher, on tuait le bébé à la naissance (sauf si la mère était une Allemande non juive et un père non juif). Chargée un temps de s'occuper des enfants madame  Chombart de Lauwe a essayé de sauver des vies, bien qu'elle ait vu défiler des cadavres d'enfants presque chaque jour. Libérée par la Croix Rouge, le calvaire prend fin pour Marie-José à vingt et un an. Néanmoins le retour brutal à la vie est difficile et elle découvre un monde changé. Elle apprend par ailleurs que son père est mort dans un camp. Elle et sa mère (qui a elle aussi connu l'horreur des camps), qui impressionnaient les regards de part leur transformation physique effrayante, étaient parfois confrontées à l'incompréhension d'autrui qui ne voulait pas les croire.

Tout ce qu'elle a vécu, elle l'a écrit, bien qu'elle n'ait montré son manuscrit qu'a son mari, qui l'a d'ailleurs poussé à reprendre ses études. Par la suite, madame de Chombart de Lauwe est devenue membre du CNRS et a écrit plusieurs ouvrages ayant un lien direct ou non avec son histoire.

Emeline Departout, Estelle Guinard

Photos de Solenn Le Guirinec

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